Oktaviana et al., “Rock art from at least 67,800 years ago in Sulawesi”, Nature, 2026. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09968-y
Cette étude repousse nettement l’ancienneté documentée de l’art pariétal en Indonésie, et plus largement dans le monde, en présentant une série de datations directes (au sens minimum d’âge) de motifs peints dans des grottes et abris de Sulawesi du Sud-Est. Depuis 2019, l’équipe a enregistré 44 sites (dont 14 nouveaux) et daté 11 motifs répartis sur 8 sites (principalement des pochoirs de mains, mais aussi des figures humaines et des motifs géométriques). Les âges sont obtenus en datant, par U-series par ablation laser (LA-U-series), les dépôts de calcite (concrétions) qui se sont formés au-dessus des pigments, ce qui fournit une borne basse robuste. En effet, la peinture est au moins aussi ancienne que la calcite qui la recouvre.
Le résultat le plus marquant provient de Liang Metanduno (île de Muna). Ici, une main au pochoir, très altérée, est recouverte par des spéléothèmes coralloïdes a été dataté à 71,6 ± 3,8 ka, soit un minimum de 67,8 ka pour le motif sous-jacent. Sur le même panneau, un second prélèvement révèle même deux épisodes distincts de peinture, avec une couche associée à un minimum de 60,9 ka et une autre beaucoup plus récente (minimum 21,5 ka, avec un maximum 32,8 ka pour une couche sous-jacente), suggérant une histoire longue et “stratifiée” de production d’images séparées par au moins ~35 000 ans. Les auteurs soulignent aussi qu’un type régional particulier de pochoirs, des doigts volontairement amincis, est bien plus ancien qu’on ne le pensait jusqu’ici.
Au-delà de ce record, plusieurs autres pochoirs de mains du secteur se placent solidement dans le Pléistocène. A Gua Mbokita, des minima atteignent 44,7 ka et 25,9 ka. A Gua Anawai, deux mains se situent autour de 19-20 ka, avec un encadrement qui suggère une réalisation proche du Dernier Maximum Glaciaire. À l’inverse, certaines peintures plus “fraîches” relèvent de périodes récentes. C’est le cas par exemple d’une figure humaine à Liang Pominsa a un minimum d’environ 3,9 ka, possiblement en lien avec l’arrivée et l’expansion de sociétés austronésiennes dans la région.
Les implications dépassent la seule chronologie artistique. La présence d’un art pariétal aussi ancien et situé le long de la “route nord” proposée vers le continent de Sahul (Australie–Nouvelle-Guinée) renforce l’idée que les premiers peuplements impliquaient des traversées maritimes planifiées via le nord de Wallacea. Les auteurs restent prudents néanmoins car il est difficile d’assigner avec certitude ces productions à un taxon humain précis (d’autant que Sulawesi a connu des hominines archaïques), et les âges U-series sont des minima, l’art pourrait être plus ancien encore.