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Homo luzonensis : des “airs” d’australopithèque… ou un effet dû au nanisme insulaire?

Publié le : 02/02/2026

Gousset, Bardin, Rouget, Mijares & Détroit, “Homo luzonensis and the role of homoplasy in the morphology of hominin insular species”, Cladistics, 2026. doi: 10.1111/cla.70027

Cette étude s’attaque à la question suivante : où placer Homo luzonensis dans l’arbre des hominines ? Découvert dans la grotte de Callao, sur l’île de Luzon (Philippines), ce petit hominine du Pléistocène supérieur présente une mosaïque de caractères déroutante. Certaines dents “dans l’air du temps” des Homo récents, mais des os du pied et de la main qui rappellent parfois des hominines bien plus anciens.

Le matériel attribué à Homo luzonensis est limité (métatarsien III, phalanges du pied, phalanges de la main, dents maxillaires, plus un fragment de fémur juvénile non exploitable pour l’analyse), mais il permet de scorer des dizaines de caractères. Les auteurs rappellent aussi que Wallacea correspond à des îles restées isolées du continent à l’échelle du Pléistocène, un contexte propice à des trajectoires évolutives atypiques via l’évolution insulaire.

Pour tester deux hypothèses concurrentes, une parenté proche d’Australopithecus ou des premiers Homo, ou au contraire une descendance d’un Homo erectus asiatique avec des retours en arrière liés à l’insularité, l’équipe mène une analyse cladistique combinant caractères dentaires et postcrâniens. Ils multiplient ensuite les scénarios (pondérations différentes, manières différentes de coder certains caractères dentaires, et deux définitions possibles de Homo erectus), ce qui aboutit à 48 phylogénies regroupées en cinq catégories selon la position de Homo luzonensis.

Le point central du papier est que le signal phylogénétique dépend de la région anatomique. Les configurations où Homo luzonensis se retrouve proche de Homo erectus, au sein d’un groupe Homo “récent”, sont surtout portées par les dents et obtiennent les meilleurs indices de cohérence. À l’inverse, lorsque le postcrâne pèse davantage, Homo luzonensis peut basculer hors du noyau Homo, comme si son pied et sa main replongeaient vers des morphologies plus primitives. Plutôt que d’y voir une preuve de parenté très ancienne, les auteurs proposent une lecture basée sur l’homoplasie. Sur les îles, les caractères liés aux contraintes mécaniques, notamment locomotrices, peuvent converger, diverger rapidement ou même revenir vers des états ressemblant à des formes plus anciennes.

L’étude revient ainsi sur plusieurs traits du pied compatibles avec une bipédie moins “optimisée” pour la course : certains caractères du métatarsien III et des phalanges suggèrent un pied potentiellement moins rigide et une propulsion possiblement moins efficace que chez des Homo plus “coureurs”. Or ces caractères locomoteurs évoluent facilement et deviennent de bons candidats pour des adaptations locales ou des retours en arrière en contexte insulaire.

L’argument évolutif s’appuie aussi sur la plausibilité d’un effet île. En effet, sur une île océanique isolée, on attend des changements de taille corporelle et de locomotion. Même sans longs os adultes, la petite taille de Homo luzonensis est considérée comme probable, notamment via des indices dentaires. Dans un environnement de forêt tropicale, la combinaison sélection, dérive et effets fondateurs peut générer des mosaïques inhabituelles, où des traits “anciens” ne reflètent pas nécessairement une position basale mais une trajectoire adaptative particulière.

Au-delà du cas luzonensis, l’article invite à la prudence ! Interpréter des traits primitifs comme des preuves d’ancêtre est risqué, surtout sur les îles. Les auteurs notent d’ailleurs que Homo luzonensis et Homo floresiensis montrent des traits archaïsants, mais pas les mêmes, ce qui colle mieux avec des trajectoires indépendantes qu’avec une origine commune très archaïque.

Avec des fossiles aussi rares, aucune solution n’est verrouillée. Mais en combinant la meilleure robustesse des arbres rapprochant Homo luzonensis de Homo erectus, le fait que ce signal est fortement dentaire, et la plausibilité d’homoplasies postcrâniennes en contexte insulaire, les auteurs concluent que Homo luzonensis a probablement évolué à partir d’une population asiatique d’Homo erectus sur Luzon, avec un cocktail d’insularité, de forêt tropicale et de réaménagements locomoteurs.

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