Williams et al., “Earliest evidence of hominin bipedalism in Sahelanthropus tchadensis”, Science Advances, 2026. https://doi.org/10.1126/sciadv.adv0130
Cette étude réexamine la question (controversée) de la locomotion de Sahelanthropus tchadensis (~7 Ma, Toros-Menalla, Tchad), souvent présenté comme l’un des plus anciens hominines et la question « était-il déjà adapté à la bipédie ? ». Les auteurs analysent en 3D un fémur partiel (TM 266-01-063) et deux fragments d’ulna (TM 266-01-050 et TM 266-01-358) attribués au même ensemble fossilifère, dans un contexte où des travaux antérieurs ont proposé des interprétations divergentes.
La démarche combine des scans 3D, de la morphométrie géométrique 3D (landmarks et semilandmarks) et des comparaisons avec de larges échantillons d’hominoïdes actuels (Homo, Pan, Gorilla, Pongo, hylobatidés) ainsi qu’avec plusieurs fossiles clés (par ex. Orrorin, Ardipithecus, Australopithecus, Homo précoces). Les auteurs complètent ces analyses par l’examen de traits qualitatifs sur l’ulna et le fémur.
Les résultats morphométriques indiquent que la forme externe de l’ulna et du fémur est globalement proche de Pan (chimpanzés/bonobos), notamment en termes de courbures et de robusticité. En revanche, les proportions relatives ulna/fémur se situent dans une zone plus compatible avec des homininés qu’avec un modèle strictement “chimpanzé”, suggérant une morphologie en mosaïque.
L’argument central en faveur de la bipédie repose sur trois indices fémoraux : (1) la présence d’un tubercule fémoral (zone d’insertion du ligament ilio-fémoral), présenté comme caractéristique des homininés bipèdes (2) une antétorsion diaphysaire marquée, dont la valeur tombe dans la distribution des homininés plutôt que celle des grands singes actuels (3) des caractères associés au complexe fessier indiquant une fonction de hanche plus “hominine”, rapprochant Sahelanthropus de certains hominines très précoces.
En synthèse, les auteurs concluent que Sahelanthropus tchadensis était probablement un bipède précoce, mais pas nécessairement un bipède obligatoire. La morphologie du membre supérieur reste compatible avec un répertoire arboricole important, tandis que le fémur suggère des adaptations cohérentes avec une locomotion bipède au sol. Ils interprètent ce mélange comme l’indice d’une évolution graduelle de la bipédie à partir d’un ancêtre proche des grands singes africains.