Publié le : 05/09/2025
Mongle et al., “New fossils reveal the hand of Paranthropus boisei”, Nature, 2025.
https://doi.org/10.1038/s41586-025-09594-8
Cette étude décrit le spécimen KNM-ER 101000, un squelette partiel exhumé entre 2019 et 2021 à Koobi Fora (bassin du Turkana, Kenya) et daté à un peu plus de 1,52 million d’années. L’association directe des os de la main et du pied avec des fragments crânio-dentaires permet une attribution sans ambiguïté à Paranthropus boisei. Les caractères dentaires, canines relativement petites par rapport à la M3, émail très épais, morphologie maxillaire et temporale, confirment cette identification.
La main révèle des proportions intrinsèques proches de celles des humains modernes : un pouce long par rapport à la paume et aux autres doigts, et une phalange distale du pouce volumineuse, propice à de bonnes prises de précision. Toutefois, la base du pouce et certains os du carpe conservent des traits plus primitifs que chez Homo, ce qui suggère que les pinces fines du type pouce–index étaient moins efficaces. En revanche, tout indique une grande puissance de préhension, notamment du côté ulnaire de la main, avec un complexe hypothénar robuste. Ce profil fonctionnel converge avec celui des gorilles et s’accorde avec l’idée d’un traitement manuel énergique de végétaux coriaces, plutôt qu’avec une simple copie du “modèle Homo”.
Les éléments du pied montrent un appareil locomoteur nettement bipède. La phalange proximale de l’hallux présente une surface articulaire inclinée dorsalement, favorisant la poussée, tandis que le troisième métatarsien affichant une forte torsion (environ 41°) atteste d’un arc transversal bien développé et d’un avant-pied rigide. Le hallux semble toutefois un peu plus court que chez les humains récents, ce qui implique une mécanique de la poussée légèrement différente.
Au-delà de la biologie de P. boisei, ces fossiles relancent deux débats classiques. D’une part, la capacité potentielle des robustes australopithèques à fabriquer et utiliser des outils : la main de KNM-ER 101000 aurait pu réaliser des manipulations élaborées, même si la biomécanique du poignet diffère de celle des humains et limite probablement certaines pinces. D’autre part, l’attribution de collections emblématiques d’Olduvai (OH7 pour la main, OH8 pour le pied) : certaines similitudes existent, mais ne suffisent pas à une réattribution ferme.
Enfin, l’équipe propose une lecture évolutive : l’ancêtre commun de Homo et Paranthropus aurait déjà présenté un renforcement des éléments marginaux de la main (premier et cinquième métacarpiens) et des prises de puissance stabilisées. Les remaniements du poignet qui optimisent la pince de précision auraient émergé plus tard chez Homo. En somme, P. boisei apparaît comme un hominine aux manipulations capables mais orientées vers la force, doté d’un pied de bipède efficace, illustrant une voie évolutive propre et compatible avec une spécialisation alimentaire différente de celle des premiers humains.